Une histoire de fiabilité [solo]

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Alasker Crudelis
Le nettoyeur
Mer 14 Mar - 18:31

Le lieutenant Tarvitz entra dans son bureau en soupirant. Sentant poindre un début de mal de tête, il renonça au dernier moment à allumer la lumière, préférant progresser dans les ténèbres de la salle de mémoire. Il déboutonna sa veste et la jeta vers son siège, puis fit le tour de son bureau pour lancer la commande sécurisée de son ordinateur.
L'écran hololithique apparut aussitôt, suspendu au-dessus du luminescent émetteur rouge intégré au centre du bois de son bureau Louis XVI. Les yeux mi-clos, une grimace de mécontentement sur le visage face à cette nouvelle source de lumière agressive, il tapa ses quatre codes de sécurité, puis prononça trois phrases dictées aléatoirement par l'écran, pour la reconnaissance vocale. On lui donna l'accès. Satisfait, il se détourna pour plonger son regard dans les ténèbres et se masser les tempes. La journée s'était révélée rude. Sept pertes à déplorer. Un agent infiltré découvert au Brésil. Et cet enfoiré de Faucheur qui était venu lui foutre une trouille bleue sans raison apparente, à l'heure du déjeuner. Oui. Une rude journée. Et il n'était que seize heures. Une rude journée pas encore finie, donc. Joie.
Le Lieutenant fit de nouveau volte-face pour se diriger d'un pas excessivement lent jusqu'à son siège.
C'est à cet instant qu'il le vit. Une espèce de grosse armoire sinistre, plantée juste derrière son siège en bois et cuir, dans les ténèbres. Seule la lueur rougeâtre de l'écran hololithique permettait au lieutenant de discerner les gros doigts de fers posés sur le haut du dossier, tapotant silencieusement son contour en bois d'Acajou de Cuba. Passé la surprise initiale de la découverte, une vague de colère traversa le corps du Lieutenant lorsqu'il prit conscience que cet enfoiré devait l'avoir vu taper les codes.
Tarvitz attrapa la poignée du pistolet lourd pendant dans son holster de hanche, puis... Sentit une douleur atroce lui remonter le long du bras. L'instant d'après, son visage s'écrasait contre son propre bureau. La grosse armoire sinistre avait bougé. Trop vite pour ses yeux fatigués et son corps endoloris. Et le maintenait désormais dans une position plutôt inconfortable. Ainsi couché sur la table, la tête prise dans un étau de fer, il avait l'impression qu'on venait de lui jeter sur le dos une enclume elle-même posée sur une autre enclume.
"-Du calme.
-Vous venez de faire une grosse erreur, Agent...
-Tu sais que je peux te tuer en serrant simplement deux doigts, là, hein?"
Le rouge monta aux joues creuses de Tarvitz. On osait le menacer, lui?
"-Vous me menacez?
-Je t'informe. Tu vas me tirer dessus si je te relâche?
-Non.
-Tant mieux, ça rayerai la peinture. "
L'enclume disparut. Dignement, le lieutenant se redressa pour réarranger sa tenue et reboutonner sa chemise blanche, désormais horriblement froissée. Alasker l'observa faire en haussant un sourcil, les bras croisés, juste derrière-lui.
"-Je ne vous pensais pas si...Apprêté, lieutenant.
-Qu'est-ce que vous faites là." Cracha l'intéressé, une fois installé sur son siège.
"-Je viens vous donner un conseil.
-Un simple Mail aurait suffit.
-Non."
Quelque chose, dans ce "non" manqua de faire frissonner le lieutenant. Le ton employé, pour prononcer ce simple mot, puait le danger. La part animale de son esprit lui suppliait de fuir. Mais il était bien plus qu'un animal. Il se ressaisit en croisant ses mains couvertes de bagues sur le bureau.
"-Je vous écoute."
Un bruit humide de lèvres se retroussant. Tarvitz remercia la création pour ne pas lui avoir permit de voir le sourire du géant.
Alasker demeura silencieux quelques instants, s'étira en soupirant, puis tira jusqu'à lui la table basse à droite de l'entrée pour s'en servir de siège improvisé. Tout ce qui se trouvait dessus, y comprit la tasse de café que le Lieutenant avait siroté et abandonné là, la veille, s'écrasa sur le sol carrelé. Une fois installé, le géant rapprocha son visage de celui qui était censé être l'un de ses "supérieurs". La lumière rougeoyante émise par l'émetteur d'écran éclaira sa face souriante et le coeur de Tarvitz manqua un battement.
"-Bon. J'ai encore eu droit à un bilan de fiabilité l'autre jour.
-Je ne vois pas de quoi vo..."
Deux billes de ténèbres se posèrent sur lui pour le glacer jusqu'au sang. Alasker maintint son regard quelques secondes, puis cligna des yeux.
"-Si tu veux vivre jusqu'à demain fiston, tu vas devoir arrêter de me sortir tes répliques d'agents secrets de mes deux. Je sais que tu te pisses de trouilles en pensant à ce que je pourrais te faire avant que les gardes n'arrivent pour mettre fin à tes hurlements. Tout comme je sais que tu penses de plus en plus à presser la gâchette du fusil à pompe magnétique planqué dans le deuxième faux-tiroir de ton bureau pour t'enfuir dans le couloir en hurlant que tu avais raison. La seule chose qui t'en empêches, c'est le doute.
"-Ah?" Lâcha Tarvitz, d'un ton faussement détaché, en caressant du genoux le faux-tiroir en question.
"-Tu doutes d'arriver à me tuer du premier coup. Tu doutes même que le tir soit suffisamment puissant pour que tu puisses enjamber ma carcasse et partir sans que je ne te coupe en deux. Tu ne devrais pas te poser de telles questions, puisque j'ai pris soin de démonter ce flingue, de toute façon. Toutes les pièces sont dans le premier tiroir, tu ne devrais pas avoir trop de mal à le remonter."
Sans vraiment douter des dires du tueur, le lieutenant ouvrit le tiroir en question pour découvrir une partie du canon de son fusil roulant parmi des visses, sur une pile de feuilles signées de sa main.
"-Je vous écoute vraiment." Lâcha-t-il dans un sourire forcé.
L'énorme corps d'Alasker se vit secouée par un court ricanement :
"-De ce que j'ai pu lire, entendre et deviner, t'es le seul à encore douter de moi. Pourquoi?
-A votre avis?"
Nouveau sourire. Plus franc cette fois...Moins inquiétant. Le géant dodelina de la tête, mimant grossièrement l'indécision...Puis cracha :
"-Les mercenaires sont votre bêtes noires, caporal Tarvitz."
Aucun mouvement, aucune expression, aucun son de la part de Tarvitz, ne vint trahir la surprise et la colère qu'il éprouva à cet instant.
"-Lieutenant Tarvitz." Souligna-t-il simplement.
Alasker haussa les épaules.
"-T'es doué fiston, quand tu veux. Mais pas assez. Moi aussi, j'ai des amis qui peuvent fouiller à droite à gauche pour retracer le passé de mes nouveaux collègues. Tu veux savoir c'que j'ai appris sur toi?
-J'adorerais." Répondit Tarvitz en croisant les jambes, sans cesser de sourire.
Le géant commença son récital les yeux fermés, sans doute pour mieux se remémorer les détails. A moins que ce ne fut à cause de la lumière rougeoyante de la table.
"-Gareb Tarvitz. Fils unique. Né en Angleterre. Mère célibataire. Pas de femme, pas d'enfant et qu'une seule couille suite à un "accident". Je t'avoue, là, j'ai été surpris. Je croyais que tu n'en avais aucune."
Gareb Tarvitz fit claquer sa langue.
"-C'est pour l'instant exact, mais ça n'a rien de très surprenant. Un gosse aurait pu faire le même travail les yeux fermés.
-Entre dans l'armée régulière a 22 ans (c'est là que t'es devenu Caporal). Dans les forces spéciales a 26. Prend part à plus d'une dizaine d'opérations classées "secrètes". Une seule se termine mal pour son équipe et lui."
Alasker marqua un court silence, juste assez longtemps pour que l'impact de ses paroles se fasse sentir. Mais Gareb, toujours, n'esquissa pas un geste. Deux gros doigts de fers se mirent à pianoter sur la table. Leur propriétaire se pencha un peu plus en avant.
"-Z'étiez même pas dans votre droit, là-bas. Vous avez dû faire appel à des gens qui avaient l'habitude de l'illégalité. Habituellement, ça s'passe bien, mais pas là, hein? Vos supposés alliés vous ont doublés. L'échange s'est foutrement mal passé, à c'qui paraît."
Gareb ferma les yeux, prit une profonde inspiration, puis hocha la tête.
"-J'ai sauvé mon commandant.
-Et c'est tout. Tous tes potes sont morts. Parce qu'une bande de mercenaires à la cons vous l'ont mise à l'envers. Dur, dur, hein?"
L'ancien soldat frappa du poing contre la table et se leva d'un bond. Alasker n'esquissa pas un mouvement.
"-Ne pensez pas que vos manières de gangsters à sale-gueule vont m'empêcher de vous en coller une si vous continuez à rire de nos morts !"
Alasker salua la performance d'un petit hochement de tête impressionné.
"-C'était pas mon but, fiston. Rassis-toi."
Gareb se surprit lui-même en s'exécutant sans rien ajouter. Son invité surprise ne reprit pas tout de suite. S'ensuivit un court moment de flottement, durant lequel le géant sembla prit par un soupçon de gêne. Le lieutenant dissimula sa surprise en revêtant de nouveau un masque d'impassibilité. Les mains de nouveaux croisés sur son bureau, il attendit simplement la suite.
Qui vint finalement :
"-Tout les mercenaires n'agissent pas de la même manière. Certains n'ont aucuns sens de l'honneur. D'autres en ont...Sauf quand ils travaillent avec un gouvernement. Trahir un officiel, rouler dans la farine ses hommes, en tuer quelques-uns, ça permet de se faire un nom, tu vois. "
Nouveau silence.
Alasker soupira et abandonna son sourire.
"-J'ai été mercenaire pendant...Longtemps. Trop longtemps. Mon boss de l'époque...Hmmm..."
Gareb le soulagea de sa gêne en un sifflement.
"-Appelons-le "Monsieur S", si ça vous gêne tant de l'appeler par son vrai nom."
Le géant sembla le remercier d'un regard.
"-Ouai...Monsieur S. J'ai bossé avec lui, longtemps. J'ai tué avec lui, longtemps. Ses gars et lui, j'les considère encore comme les meilleurs gars que j'ai jamais croisé.
-Oui, vous l'avez mentionné plusieurs fois lors de vos interrogatoires post-recrutement. C'est principalement ça qui...
-Je les ai quittés, fiston. Pour Talon. Qu'est-ce qu'il te faut de plus?"
Gareb fit tourner l'une de ses bagues autour de son pouce.
"-Il y a pleins d'agents, d'hommes et de femmes, qui "quittent" en apparence un groupe pour en rejoindre un autre simplement dans le but d'infiltrer et..."
Ce fut au tour d'Alasker de frapper sur le bureau. Le bois craqua sous l'impact. Le possesseur du meuble grimaça.
"-J'ai une gueule à "infiltrer", moi?
-Votre passé nous prouve que vous êtes pleins de ressources."
Le Nettoyeur secoua la tête.
"-Ouai. Et ces ressources...Elles profitent à qui, en ce moment? Au Talon. Uniquement et simplement au Talon. Tu crois pas, petit malin que tu es, que si, franchement, C..."
Il se tut au dernier moment.
"-Monsieur S.
-Ouai. Tu n'crois pas que si "Monsieur S" voulait infiltrer vos gars, il aurait désigné un autre de ses hommes, un peu moins voyant? Tel que je le connais, il serait sans doute venu lui-même vous présenter sa candidature !
-Je ne sais pas, Crudelis. Les gens sont tordus, dans notre milieu."
Alasker se gratta l'arrière du crâne et jura entre ses dents.
"-On tourne en rond, fiston.
-J'en ai bien peur."
Le géant haussa les épaules une fois de plus, en commençant à s'agiter un peu sur son siège improvisé.
"-Je ne suis pas un potentiel traitre. Tu sais pourquoi j'ai rejoins Talon?
-L'argent?
-Oui, mais pas que. L'argent, on en trouve plein, partout, tout le temps. Il suffit de massacrer un mec en costard et de lui piquer son portefeuille pour pouvoir bouffer deux semaines au restau'. Ce qui m'a fait quitter "Monsieur S" et les siens pour rejoindre Talon, c'est le but.
-Le but?
-Ouai. Un but. Un vrai. Un objectif.
-Monsieur S n'en avait pas a offrir?"
Alasker rit d'un rire sans joie.
"-Vous, les soldats, les agents secrets...Vous n'arriverez jamais à comprendre la philosophie d'hommes et de femmes se battant pour l'argent. Alors comment pourriez-vous comprendre la philosophie que nous avions, et qu'ils ont toujours, eux?
-Vous parlez par énigme, maintenant, Crudelis?"
Le concerné se contenta de sourire tristement. Ca avait quelque chose de malsain. Sur ces traits grossiers, couturés de cicatrices, tout signe de tristesse semblait...Hors contexte. Pas a sa place. La soudaine mélancolie du tueur le rendait encore plus étrange qu'à l'accoutumée, selon Gareb.
"-Si Talon m'ordonnait de me retourner contre eux, de tuer l'un des leurs, je le ferais maintenant. Sans joie. Sans la moindre satisfaction. Je mourrais peut-être en essayant, mais je le ferais. Parce que vous m'avez offert un but. Quelque chose...D'autre que simplement la violence.
-La violence?
-La violence, la destruction. Le chaos. C'était ça, le but de Monsieur S. Ce qui le motivait à se lever le matin. J'avais besoin de plus. Et Talon m'a offert ce plus. C'est tout. Je ne peux rien expliquer de plus."




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Alasker Crudelis
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Jeu 15 Mar - 21:21

L'atmosphère était de plus en plus pesante, dans ce bureau. Tendue. Insupportablement tendue. Et le silence ne cessait de se prolonger. Les yeux gris de Tarvitz étaient rivés dans ceux, totalement noirs, de l'énorme Alasker. Le lieutenant semblait désirer transpercer son invité surprise via ce simple regard.
Et le géant ne faisait rien. Rien d'autre que lui renvoyer un regard neutre, se voulant franc et exempt de toute véritable hostilité. Cette neutralité apparente ne lui allait pas, il le savait, elle le rendait sans doute encore plus suspect...Mais Alasker n'y pouvait rien. C'était la seule façon pour lui de montrer patte blanche. Enfin...Ca et le fait de venir sans armes.
"-Vous n'avez eu aucun contact avec Monsieur S et les siens depuis votre recrutement?" Lâcha finalement Gareb Tarvitz, pour le plus grand soulagement du super-soldat assit face à lui.
"-Aucun, fiston."
C'était vrai, mais Gareb n'avait pas l'air d'y croire. Le lieutenant réactiva son écran Hololithique et y inscrivit une succession de commandes qu'Alasker ne chercha même pas à mémoriser. Un dossier s'ouvrit et glissa lentement juste en-dessous du menton du géant, qui esquissa un mouvement de recul en fronçant les sourcils.
"-Ouvrez-le." Ordonna l'officier du Talon.
L'ancien mercenaire ne vit aucune raison de ne pas le faire. D'une pression maladroite du pouce sur l'hologramme représentant le dossier, il s'exécuta. Pour découvrir un message. Ses yeux faits de ténèbres se plissèrent pour encaisser la clarté de chaque caractère, puis, sans faire attention à l'imbécile assit face à lui semblant se délecter de sa confusion, Alasker se mit à lire.

"Salut coco,
j'espère que tout va bien pour toi, que personne ne t'oblige à lire ce truc en te posant un flingue sur la tempe et que ton nouveau boulot te plais. Bon, j'imagine que c'est le cas, qu'il doit vraiment te plaire et te prendre beaucoup de temps, puisque tu n'as même pas jugé bon de donner de nouvelles à tes vieux copains depuis que le Talon t'a contacté.
"
L'ancien mercenaire esquissa une petite grimace face au reproche non-dissimulé de ce début de lettre.
"T'en fais pas, ils ne t'en veulent pas trop. Y'a même une certaine infirmière qui me supplie de te donner l'emplacement de notre planque actuelle pour que tu viennes y boire un coup. Je le ferais bien mais...Non. Fais pas la tête, c'est pas que j'ai pas confiance en toi. C'est juste que tes nouveaux patrons sont un peu trop fouineurs à mon goût. Imagine juste ce qu'ils pourraient faire, déjà, rien qu'en interceptant ce message ! A toi, hein, pas à moi. Moi je risque rien, tu sais comme je suis précautionneux quand il s'agit d'envoyer des messages."
Ce fut au tour d'Alasker de ricaner. Bien. "Monsieur S" était toujours une tête de con.
"Bref, je suis pas là pour échanger des banalités, avec toi, tu t'en doutes. J'te contact simplement parce que le monde est très petit. Trop petit. Excessivement petit.
Comme tu l'imagines, ça fait un moment que notre contrat en Australie est finit. Bon, en réalité, ça fait quelques ans, m'enfin c'est pas le sujet. On est donc revenu sur le marché. On a cherché des boulots. On a été contacté par deux ou trois mecs louches, comme d'hab. Et par une vieille louche. C'est là que ça devient intéressant pour toi : La vieille louche s'est présentée sous une fausse identité, comme d'hab. Elle voulait nous envoyer en Russie pour faire péter une vieille prison. Job pourri, refusé. D'autant que le prix était parfaitement ridicule pour un boulot aussi facile. Je lui ai demandé des détails. Quel con j'ai été !
La vieille était vraiment une vieille, c'est à dire qu'à partir du moment où j'ai osé lui demander un mini détail, elle m'a noyé sous sa foutue existence. J'ai vraiment pensé à la descendre, à un moment. Je l'aurais sans doute fait, en vrai, si j'avais pas tilté sur son véritable nom au début de notre conversation.
Allez, devine-le. Vas-y, essaie.
"
Alasker s'y refusa et se contenta de lire le nom et le prénom inscrit juste en-dessous.
"Cécile Abigaël."
Son énorme cœur sembla se soulever. Abigaël. Le doc' Abigaël. L'une des directrices du projet Crudelis. La seule qui avait...Hm... Sympathisé avec lui. Une vague d'images relativement chaleureuses lui revinrent en tête et un grand sourire se dessina sur ses lèvres déjà fortement retroussées.
"Attends, c'est pas fini coco. Devine c'qu'elle me racontait? Apparemment "il faut la croire sur parole" elle a travaillé, dans sa jeunesse, sur un projet de super-soldats (sans blague, ça te dis rien?) classé top secret (je suis sûr que tu devines dans quel pays)...Et elle a découvert récemment que trois de ses créations vivaient encore, malgré ce que ses supérieurs lui avaient racontés !"
Les sourcils d'Alasker n'auraient pas pu se hausser d'avantage.
"Elle n'était au courant que pour le premier, le plus réussi, le plus fiable : Un grand type ingrat répondant au nom d'Alasker. Tu vois le genre? Je suis sûr qu'il ne lui a pas donné de nouvelles non plus."
Principalement parce qu'il la pensait morte, après toutes ces années. Elle ne devait pas être loin des soixante-dix ans, maintenant ! Les gens qui bossaient pour des projets classés top-secrets pour un gouvernement quelconque vivaient rarement vieux.
"Les deux autres...Bon, c'est là que le tableau se noirci. Jugés "moins réussi" et définitivement moins fiables, ils ont été vendus à des curieux en tant qu'arme de destruction...Massive. L'un d'eux était enfermé dans cette vieille prison, apparemment. L'autre...Bon. Elle avait une piste, mais je lui ai dis que je ne pouvais rien pour elle mais que je connaissais quelqu'un qui la contacterait peut-être. Toi, en l'occurrence. "
Effectivement, le monde était vraiment très petit.
"La dernière fois que j'l'ai vu, c'était il y a un peu plus de six mois. Je suppose qu'elle est toujours plantée au même coin. J'ai pas voulu te déranger plus tôt, puisque t'avais l'air vraiment occupé, tu comprends."
Alasker fronça les sourcils. Il comprenait surtout que cet enfoiré en avait profité pour lui faire regretter sa disparition impromptue. Le géant n'arrivait même pas à lui en vouloir. C'était mérité, hélas.
"J't'ai laissé son adresse un peu plus bas. Tu me remercieras quand tu pourras.
A plus coco.
C.
"

Il ferma les yeux et se frotta nerveusement l'arrière du crâne, juste à l'emplacement des deux visses implantées dans sa chair.
"-Vous avez fini?" Demanda Gareb.
"-Je ne vois pas d'adresse.
-C'est parce que je l'ai retirée."
Quelque chose d'extrêmement dangereux traversa le corps d'Alasker. Plus dangereux encore que la colère, la rage ou la tristesse : L'espoir. L'espoir de retrouver des hommes et des femmes qu'il croyait mort depuis longtemps. L'espoir de pouvoir se battre aux cotés d'êtres qu'il pourrait considérer comme ses semblables.
"-Ce n'est pas très malin de ta part, fiston." Gronda-t-il en se visualisant parfaitement presser le crâne de ce petit salopard précieux jusqu'à ce que l'intérieur de son crâne, transformé en pulpe, ne sorte par son nez et ses yeux.
"-Vous aviez juré n'avoir donné aucune information à vos anciens collègues concernant votre recrutement.
-Et c'est vrai.
-Pourtant il sait que vous travaillez pour le Talon.
-Tout comme tu sais que je n'ai rien fais, rien envoyé, rien contacté, je ne suis même pas sorti de mes appartements, en dehors de mes missions pour l'organisation.
-Comment le sait-il?
-Je ne sais pas.
-Vous mentez."
Alasker éclata de rire.
"-Fiston. Si tu me traites de menteur encore une fois, je vais te tuer."
Gareb reboutonna la manche droite de sa chemise. Replaqua les quelques cheveux poivre-et-sel qui restait sur l'arrière de son crâne, dévasté par la calvitie, puis reprit :
"-Vous continuez à me soutenir que vous n'y êtes pour rien, concernant cette fuite d'information. Et que vous ne savez rien. Je me trompe, c'est ça? Vous n'êtes qu'un pauvre innocent victime du délit de sale gueule?
-Exactement. Donne-moi cette adresse maintenant.
-Non."
Cela se passa bien trop rapidement pour le Lieutenant. En l'espace d'un demi-battement de coeur. D'un dixième de seconde...Il était passé du supérieur calme mais sévère, assit derrière son bureau, face à un sous-fifre forte-tête...A la proie terrorisée, piégée entre les griffes d'un prédateur impatient, au regard fou, excédé par les manières trop confiante de celui qui risquait de devenir son amuse-gueule. Alasker s'était levé d'un bond, en expédiant d'un coup de botte son siège improvisé dans la porte d'entrée, puis avait attrapé son hôte par le col, pour l'amener à lui en le soulevant par-dessus son bureau.
"-Ne m'oblige pas à répéter."
En se forçant à ne pas trop manifester la douleur qu'il ressentait actuellement, ainsi plié en deux sur son propre bureau, le torse et la chemise lacéré par les bouts métalliques de son émetteur d'écran, Gareb prononça lentement :
"-Baissez votre arme."
L'ancien mercenaire eût un nouveau petit rire.
"-T'as des hallu' fiston. Je n'ai pas amené d'arme. J'n'en ai pas besoin, là.
-Sonia. Baissez. Votre. Arme."
Alasker perçut un cliquètement, dans son dos. Et ce qui avait l'air d'être un soupir de mécontentement. Il ne se risqua pas à faire le moindre geste brusque en comprenant qu'on le tenait en joue, sans doute avec un très gros flingue.
"-Vous êtes sûr?" Fit une voix de femme.
Gareb ne répondit pas tout de suite. Le lieutenant s'accorda d'abord le plaisir de regarder dans les yeux son quasi-bourreau avant de confirmer l'ordre :
"-Oui."
Le tueur relâcha son supérieur, qui glissa le long de son bureau pour se rasseoir sur son siège, sans faire attention à sa chemise déchirée ni au sang s'écoulant d'une large écorchure, sur sa joue. Alasker risqua un coup d'œil derrière-lui. Une femme. Grande, sans doute "améliorée" physiquement. Deux mètres de haut, facile. Crâne rasé. Yeux augmétique, ça se voyait facilement, puisque le contour de son iris gris-bleu...Tournait. Elle était avec un très gros flingue dans les mains. Dont l'intérieur brillait d'un bleu relativement peu rassurant. Sa combinaison, complète bien que légère, émettait elle-aussi une lueur bleutée.
"-Camouflage optique?" Manda-t-il, sur le ton de la conversation, sans se fatiguer à lever les mains en l'air.
"-C'est pas tes oignons."
Le géant se retint de rétorquer "bah va te faire foutre" et se contenta d'un simple :
"-C'était juste histoire de faire la conversation. Quand est-ce que tu es entrée?
-Juste avant le Lieutenant.
-Avant?" Répéta Alasker, l'air relativement dubitatif.
Gareb laissa échapper un petit rire.
"- Croyez-le ou non, mais Sonia suit notre conversation depuis le début. Vous étiez simplement trop concentré sur ma personne pour vous en rendre compte.
-Je l'aurais vue."
Ce fut au tour de la grande dame de rire.
"-Personne ne me voit sans que je ne l'ai décidé."
Alasker témoigna tout l'intérêt qu'il trouvait dans cette dernière déclaration à l'aide d'un énième haussement d'épaule. Ceci fait, le géant s'éloigna du bureau pour retourner chercher la table basse lui ayant jusqu'à maintenant servit de chaise.
"-Ne vous réinstallez pas, nous en avons bientôt terminé." Siffla le Lieutenant.
L'intéressé secoua la tête nonchalamment, sans faire attention au canon bleuté que la dame pointait de nouveau sur lui.
"-On en aura fini quand tu m'auras donné l'adresse, fiston."
Contre toute attente, ledit "fiston" acquiesça.
"-Effectivement. Avant cela cependant, je vais clarifier certaines choses."
Alasker leva les yeux au ciel d'un air las, puis attendit la suite.
"-Vous rencontrerez le docteur Abigaël. Pas simplement en votre nom, mais au nom du Talon.
-C'est tout?" Souffla-t-il, l'air amusé.
Sonia lui planta le bout de son canon dans le dos.
"-La ferme et écoute."
L'ancien mercenaire soupira...Tourna sur-lui même, attrapa par la gorge celle qui osait le défier et serra...Rien. Sa main gantée avait littéralement traversée Sonia...Sans qu'elle même n'esquisse le moindre mouvement de recul.
Les sourcils froncés, Alasker planta un de ses doigts dans l'oeil de la grande dame sans sentir d'opposition. De résistance. De chair.
Dans son dos, une autre Sonia pouffa :
"-C'est un imbécile."
L'immatériel mirage s'évapora soudainement...Et le super-soldat se tourna de nouveau vers son supérieur, aux cotés duquel se trouvait désormais la véritable –enfin peut-être- grande dame.
"-T'as un générateur d'hologrammes?" Grinça-t-il entre ses dents acérées. "C'est pas très franc, comme outil.
-Plus franc que vous, en tout cas. Vous l'auriez tuée." Gronda Gareb, toujours assis. Toujours calme. Toujours énervant. Alasker pencha la tête sur le coté en ouvrant ses énormes bras.
"-J'vois pas en quoi je ne suis pas franc, j'ai jamais dis que je n'allais pas la tuer.
-Tu as dis que tu voulais juste faire la conversation.
-On peut discuter avec quelqu'un et le tuer ensuite.
-Pouvons-nous continuer?
-Je t'écoute fiston."
Gareb prit une profonde inspiration en savourant le silence tout relatif régnant de nouveau dans la salle. Tout relatif, parce que le canon à plasma de Sonia émettait un genre de vrombissement de bourdon particulièrement désagréable. Et aussi parce que l'armure d'Alasker vomissait une dizaine de cliquetis métalliques à chacune de ses respirations.
"-Vous irez sur place en tant qu'agent du Talon.
-Tu l'as déjà dis, ça.
-Et vous récupérerez les informations du docteur. Ensuite...Vous irez chercher ces "hommes" et les ramènerez, vivants, si possible. Morts, sinon. Dans tout les cas, vous les ramènerez."
Alasker bailla.
"-Pas "dans tout les cas" fiston. Y'a des chances pour qu'ils me descendent, hein. S'ils sont comme moi.
-Moins performants. Vous êtes le meilleur, selon le message de Monsieur S. C'est pour ça qu'ils vous ont gardés.
-Si tu le dis fiston. Quoi d'autre?
-Je ne vous fais pas confiance, agent.
-J'avais cru deviner." Le géant n'avait pas pu s'empêcher de rétorquer une telle inutile et enfantine pique. Ce gamin aimait tant radoter...
"-Sonia vous accompagnera donc."
Alasker leva les bras au ciel. Ses doigts frappèrent le plafond d'acier dans un grand et désagréable raclement.
"-Ouai ouai, elle sera "tes yeux, tes oreilles" et "si jamais elle meurt blablabla" je connais la chanson.
-Pour une fois qu'il comprend quelque chose."  Grinça Sonia, son futur boulet.
Il ne releva même pas.
"-Juste une chose. Si je les ramène, vous arrêterez de me prendre la tête avec vos bilans de fiabilité?
-Cela dépendra de ce que Sonia m'écrira dans son rapport."




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Le nettoyeur
Ven 3 Aoû - 6:16

La nuit n'offrit aucune quiétude à Alasker. Après cet insupportable entretien, le géant s'était extirpé du bureau (en retirant, au passage, la table basse plantée dans l'un des murs) et avait marché, telle une machine, jusqu'à ses appartements. Une fois là-bas, au milieu des douilles et des cartouches abandonnées, des morceaux de baïonnettes brisées et des pièces d'armes démontées, il avait quitté son armure pour se jeter sur le simple matelas qu'il avait réussi à extirper du lit incrusté dans le mur que l'organisation lui avait fourni, à son arrivée. Quelques heures plus tard, après s'être tourné et retourné sur son matelas sans trouver le sommeil, le super-soldat, ancien mercenaire, ancien sujet d'expérience, se leva en grommelant pour prendre une douche et fila donc dans sa salle de bain. Là, comme d'habitude, il dût se laver en laissant la porte de sa cabine –trop petite pour l'accueillir entièrement- ouverte, prenant soin de ne pas trop asperger son carrelage couvert de poussière, de poudre et d'huile. Même quelques douilles vides étaient parvenues à rouler jusque dans sa salle de bain. Une fois propre et séché, Alasker se contenta de s'asseoir sur son lit pour démonter et nettoyer l'Humaniste, posé sur ses genoux. Ce n'était pas un rituel très original, pour un soldat, mais ça avait au moins le mérite de lui permettre de faire quelque chose de concret, au lieu d'attendre que le jour se lève. Son corps amélioré ne ressentait pas la fatigue aussi facilement que les humains inférieurs. Il pouvait passer des jours, des semaines, sans dormir. Son esprit ne commençait à s'enrayer et à montrer des signes de faiblesse qu'au bout de la troisième semaine sans repos...Et c'était autant une bénédiction qu'une malédiction. Car le sommeil permettait de ne plus avoir à penser pendant quelques heures. Quand on dormait, on oubliait tout. On ne pensait plus au futur, ni au passé, sauf dans les rêves (qui avaient eux aussi disparut, après ses opérations), on se "vidait la tête"... On dormait, tout simplement. Et cette quiétude, dans sa vie de super-soldat, était l'une des seules choses qu'il regrettait. Alasker aurait voulu pouvoir dormir plus. Éprouver une vraie fatigue, chaque nuit. Juste histoire de pouvoir fuir la réalité quelques heures.
A cette simple pensée, l'ancien mercenaire afficha une grimace de dégoût envers lui-même et son écœurante faiblesse momentanée. Ce genre de songes revenait toujours, lorsque les temps devenaient trop calme. Sa combativité, l'agressivité, la rage, s'émoussait lorsqu'il n'y avait plus rien à frapper, écorcher, descendre ou mordre. Les doc' qui l'avaient examinés, à son entrée au Talon, avaient expliqués ça très simplement. Et Alasker les haïssait encore pour ça :
C'était le manque, bien entendu. Pas le manque de violence ou de sang, rien d'aussi mythique. Simplement le manque d'injections. Lorsqu'il allait au combat, que ses signes vitaux s'emballaient, les injecteurs intégrés à son armure s'enclenchaient pour libérer, dans son corps, le cocktail illégal de plus d'une dizaine de stimulants interdits à la vente...Dont certains étaient destinées pour des animaux pesant trois à six fois le poids d'un homme. Son gros corps encaissait ce genre de mélange sans broncher et en redemandait même ! Pas d'effets secondaires, pas de délire en cas de trop fortes doses. Et aucune crise de manque.
Seulement une impression de vide totale, en absence de stimulation violente et de cocktail chimique. Les conversations ne concernant pas, de près ou de loin, une mission future ou le souvenir d'un vieux combat n'avaient désormais aucun intérêt pour lui. La nourriture n'avait plus de goût, sauf sur le champ de bataille (où sa brutalité animale l'amenait parfois à dévorer les cadavres des vaincus)...Même la perspective de baiser (une activité qu'il avait pourtant fortement apprécié durant toutes ses années de services) dans un endroit "sain"  loin de cadavres éventrés, de trous d'obus ou de nids de mitrailleuses ne lui semblait plus si...Si quoi, d'ailleurs? Quelle pensée stupide. "Le manque". Tu parles. Alasker, de son coté, avait sa propre théorie pour expliquer ses accès d'apitoiement, ses accès de faiblesse, ses accès d'humanité :
Il devenait vieux.
Bien sûr, ça ne se voyait pas sur son corps. Ca ne pouvait pas se voir sur son corps. Il avait toujours la même gueule, depuis son opération. La doc' lui avait même dit que les interventions semblaient l'avoir "rajeunit".
Mais un esprit de vieux dans un corps jeune, ça restait un esprit de vieux. Et Alasker sentait de plus en plus souvent poindre en lui cette apathie nostalgique signature des vieux soldats ne vivants que pour ressentir de nouveau les glorieuses et bestiales émotions des combats de leurs souvenirs.
Le manque. Ahaha. Bien sûr.
Il pouvait encaisser les toxines les plus mortelles que le monde ait créées pour les transformer en stimulants. Rester trente minutes sous l'eau sans se noyer. Soulever une bagnole. Prendre une rafale de 7,62mm dans le torse et continuer à courir, tirer et tuer. Mais son corps serait sensible aux effets de manques? Ridicule théorie. Et dire que ces mecs avaient des diplômes.
Le géant soupira. Posa son arme sur sa droite, fixa l'intérieur du canon démonté qu'il tenait toujours en main, puis jura.
Au moins, sa mission prochaine ne risquait pas de lui laisser trop le temps de s'appesantir sur son sort. Surtout si l'un de ses deux semblables refusait de le suivre bien gentiment. Un lot de visages, tous marqués par la guerre et la mort, traversa son esprit. Qui avait survécut? Pas Jenna en tout cas. Elle avait été sa voisine de cellule de soin. Il l'avait entendue hurler toute une nuit lorsque ses os avaient commencés à percer sa peau. Et puis, les hurlements s'étaient tut. Et Alasker, sans avoir besoin de voir, avait comprit qu'elle était, à cet instant, morte. Personne ne pouvait hurler comme ça et vivre ensuite.
Le gros sergent de la quatrième peut-être...Adam !  Leurs deux équipes avaient parfois dû partager les mêmes planques, les mêmes munitions et le même sang lors de sa troisième année de service. Un grand brun, avec un peu d'embonpoint. Alasker croyait se souvenir que le gros s'était porté volontaire aussi, pour le programme CRUDELIS. C'était un solide au front, pas le genre à se défiler, alors...
Un sourire fugace se dessina sur ses lèvres lorsque le nom de ce salopard de Sullyvan lui revint en tête. L'érudit Sulyvan. L'assassin bien éduqué Sulyvan. Ils avaient été amis, avant l'opération. La vache, que ça remontait à loin. Sul' avait fait ses classes en même temps que lui, était parti en guerre en même temps que lui. On l'appelait "Le saigneur Sulyvan", parce que son attitude, sa façon de faire si...Etrange, l'avait rendu extrêmement populaire. C'était un homme à la fois extrêmement intelligent, calme et posé...Mais aussi le pire des meurtriers, une fois armé.  
Et Angstrum? Lui aussi, ça avait été un bon pote. Un sacré taré. Incassable. Qu'est-ce qu'il avait fait, déjà? L'image choc d'un grand noir souriant en écrasant, avec du fil de fer barbelé, la trachée de son adversaire au visage violacé, traversa son champ de vision. Ses crocs se découvrirent un peu plus. Oh, putain. Si seulement c'était Angstrum. Avec un Angstrum version super-soldat à ses cotés, les missions qu'on lui confiait habituellement prendraient des airs de colonies de vacances. Mais...Quelque chose n'allait pas...Il oubliait un truc important... Ah. Oui.
Angstrum s'était fait couper en deux par une lame d'OR14. Alasker s'en souvenait bien. Parce que c'était lui qui avait fermé les yeux du demi-cadavre.
Bon, ce ne serait certainement pas Angstrum non plus. Quel dommage.
Il jeta un dernier regard à son matelas trop petit. Soupira en constatant qu'aucune fatigue ne le tourmentait. Puis entreprit de rassembler son équipement pour son voyage futur.

***

Ils embarquaient dans l'avion à sept heures trente du matin. A six heures quinze, Alasker se tenait déjà aux pieds du coucou, armure équipée, un énorme sac à dos par-dessus l'épaule et une fine cigarette posée entre ses deux lèvres craquelées. Personne ne l'avait accueillit à son arrivée. Le pilote farfouillait dans sa cabine sans rien dire et n'avait même pas daigné lui accorder un signe de tête lorsqu'il était venu se placer devant le cockpit de l'oiseau d'acier pour signifier sa présence.
Ça ne le dérangeait pas. Au contraire. Il n'y avait rien de pire qu'attendre quelque chose aux cotés d'une pipelette moitié apeurée par sa présence, moitié gênée par le silence. Ça finissait toujours par chercher ses mots et parler du beau temps. Une discussion de ce genre, dans le hangar de la plus grande organisation terroriste connue, de bon matin, ça aurait franchement fait mauvais genre. Faute d'interlocuteur, Alasker avait passé le temps en fumant tout un paquet de cigarette, puis s'était mit à tourner autour de l'avion pour mieux apprécier ses gracieuses formes. Pour être déjà monté à l'intérieur, l'ancien mercenaire savait la bête assez spacieuse pour accueillir ses deux grosses épaules pourtant...Sa vue extérieure parvenait à le faire douter de ses propres souvenirs. L'oiseau d'acier semblait si fin ainsi, si léger. Son corps parfaitement triangulaire en acier noir était taillé pour filer silencieusement et excessivement rapidement dans l'air, ça se voyait tout de suite. Ce qui, à l'inverse ne se devinait pas facilement, c'était le fait qu'à l'intérieur de sa coque, entre les deux gros réacteurs cylindriques intégrés à ses ailes, se trouvait une soute suffisamment spacieuse et haute pour accueillir plusieurs tonnes de matériels militaires. En plus de sa propre personne. Et de son armure. Il avait pourtant l'air si...Si plat, vu de l'extérieur. Avant d'entrer dans le Talon, Alasker n'avait jamais croisé de modèle semblable, ce qui en disait long.
"-T'es un lève-tôt." Cracha une voix féminine, dans son dos.
L'ancien mercenaire fit volte-face et découvrit sans grande surprise la chienne du Lieutenant Tarvitz. Comme lui, la dame avait amené ses "affaires" dans un énorme paquetage qu'elle avait d'ailleurs aussitôt jeté à ses pieds et, comme lui, elle fumait une cigarette. Mais les ressemblances s'arrêtaient là. Sonia ne portait pas son armure, seulement un treillis militaire excessivement large qui donnait au bas de son corps l'apparence d'une hommasse à gros cul et un débardeur noir un peu trop court s'arrêtant juste au-dessous de son nombril et laissant donc à l'air libre une portion non-négligeable de chair pâle et ferme relativement appétissante.
"-Qu'est-ce que t'as?"
Il n'eût pas besoin de lever les yeux pour deviner qu'elle avait froncé les sourcils.
"-Je me demandais quel goût tu aurais si je décidais de te bouffer, ma grande."
Elle éclata de rire. Le toisa. Puis éclata de rire de nouveau. Son rire avait quelque chose de très...Rauque. Brutal.
Définitivement pas féminin.
"-Ce n'est même pas un sous-entendu sexuel, pas vrai?"
Alasker lui sourit.
"-Non."
Et puis, après avoir fixé le crâne lisse, parfaitement rasé, de son interlocutrice, il ajouta :
"-De toutes façons, vue la tenue, le boulot et la coupe, t'es lesbienne."
Nouveau éclat de rire de la part de la concernée.
"-Le dernier gars qui est entré à l'armée avec une mèche sur le coté aussi ridicule que la tienne était un antisémite avec une voix de canard, un homo refoulé et un artiste raté. T'es sûr de vouloir te baser sur les coupes?"
Il pencha la tête sur le coté pour lui accorder cette réplique.
"-Pas mal.
-Vous montez?" Fit une nouvelle voix, nasillarde, désagréable...Lui rappelant un peu trop une vieille connaissance.
Le pilote était sorti de son cockpit pour descendre jusqu'à eux. C'était un type relativement petit. Enfin selon les standards normaux. Il n'arrivait même pas à l'épaule de Sonia. Sa tignasse blonde, bien trop longue pour Alasker, semblait animée d'une conscience propre puisqu'elle partait absolument dans tout les sens. L'ancien mercenaire imagina qu'il devait porter un casque ou quelque chose du genre en temps normal. Sa tenue n'avait rien de réglementaire non plus. Un Jean et une chemise, ouverte sur un torse anorexique et apparemment imberbe.
"-Ils engagent les adolescents au Talon?" Grinça l'ancien mercenaire.
Le pilote fit mine de remonter ses petites lunettes de soleil rondes à l'aide du majeur de sa main droite.
"-J'ai vingt-quatre ans mon gars. Oh, attends...Tu sais compter jusqu'à vingt-quatre?"
Sonia lui tapa sur l'épaule puis se dirigea vers la rampe d'embarquement de l'appareil.
"-Laisse tomber Vic', c'est un con.
-C'est bien pour ça que je lui demande!" Sourit l'autre, en le toisant du haut de son mètre soixante.
Alasker suivit Sonia en ricanant, sans prendre la peine de répondre.

Le début du voyage se passa relativement bien. Alasker se cala tout au fond de la soute, là où les lumières des loupiotes rougeoyantes accrochées aux parois de métal noir ne l'atteignaient que faiblement, puis entreprit de sortir de son paquetage quelques-unes des pièces de son lance-grenade pour vérifier une énième fois leurs propretés. Il s'affaira ainsi pendant les deux premières heures du trajet. Mais à l'instant où ses yeux cessèrent de fixer ce que ses gros doigts enserraient fermement, ils croisèrent le regard bleu-vif de Sonia, qui l'observait, assise au milieu de la soute, au milieu d'un tas de caisse blindée.
"-Tu comptes te balader dans les rues avec ce truc sur le dos?"
Il haussa les épaules. Ce qui causa un certain nombre de grincements.
"-Au cas où, j'ai pas un corps qui me permet de me balader "dans le civil" facilement, hein. Les mecs de deux mètres quarante, ça cours pas les rues. Et j'fais plus que deux mètres quarante.
-J'établirais le contact pour toi dans le milieu civil. "
Alasker éclata de rire.
"-Non. Certainement pas. Abi' vit à l'écart de la civilisation chérie, dans une baraque en pleine forêt, près des Carpates.
-Je sais lire un rapport."
L'ancien mercenaire secoua la tête.
"-Tu sais lire un rapport, mais tu ne sais pas à quel point on peut être loin de toute civilisation dans mon pays. Crois-moi. On pourrait se poser dans son jardin avec le piaf, même faire exploser un de ses réacteurs, sans que personne ne lève le petit doigt. Abi' n'a certainement pas choisi d'habiter ici par hasard."
Sonia acquiesça et fourra sa main dans son paquetage pour sortir de ce dernier un pistolet lourd sur lequel un silencieux était monté.
"-Pas besoin de ça, alors?
-En théorie on n'aura pas besoin de flingue. J'vois pas pourquoi et avec quoi Abi nous attaquerait. C'est une scientifique, pas une combattante."
Sonia claqua la langue et leva les yeux au ciel.
"-C'est surtout une vieillarde paranoïaque maintenant. Le flingue ne lui est pas destiné. Elle doit sans doute avoir une bande de gros bras pour la protéger, vu son passif."
Nouveau haussement d'épaules de la part du plus grand des deux tueurs.
"-Si elle me voit arriver, aucuns coups de feu ne sera tiré. Qu'importe comment la situation évoluera.
-Je n'aime pas cette lueur dans tes yeux. Cette femme est un moyen, rien de plus."
L'ombre d'un souvenir fugace. En petite culotte, pieds nus, elle traverse la salle d'interrogatoire, au sol froid souillé de sang, et vient coller sa poitrine dans son dos. Lui, il est en train d'essuyer ses mains avec un chiffon rougi. Le prisonnier vient de finir de parler. Et de vivre. Vingt-quatre de ses dents gisent sur le sol. Son œil droit, percé, coule comme un œuf écrasé. Il s'est pissé dessus avant de mourir. La proximité de la mort les émeut tout les deux. Il la prend aussitôt, sur le cadavre. Dans la crasse, le sang et la pisse.
"-Pas pour moi." Sourit-il. "Pas pour moi."




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