La mort de l'acteur. Pv Søren Lindahl

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Flavian Cybrias


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Flavian Cybrias
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Mar 3 Oct - 23:05



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Nous sommes jeudi et il est 21h. Comme tu le sais. Mais voilà que j’ai de plus en plus de mal à tenir cette routine, surtout quand certains évènements surviennent. Je dois tenir pourtant, je ne dois pas la briser ; sinon ça deviendra de plus en plus fréquent à certains moments, puis de moins en moins à d’autres « pour compenser. » Et au final je n’aurai plus de sauvegarde régulière, juste parfois des bouts épars de récits, qui me sembleront peut-être important au début, sur le coup, mais finiront par devenir des anecdotes inutiles. Mais là ça fait 3 jours que j’ai besoin d’en parler, que j’ai peur de chaque minute qui s’écoule et qui pourrait alourdir ma mémoire ou l’effacer tout simplement. Je pense de plus en plus à enregistrer mes discussions pour te les retranscrire plus fidèlement avant de les supprimer. Mais j’ai peur des traces que cela pourrait laisser.

Si je dois te dire ce que j’ai fait vendredi, samedi et dimanche, alors je te laisse regarder sur mon agenda où tout est noté. Rien de notable ne s’est passé si ce n’est que j’ai pu voir Jash, samedi soir à 21h20 et qu’il m’a fourni ce qu’il me manquait. Cela commençait à devenir limite et ça me mettait mal à l’aise, je ne pouvais pas comptait sur ma retenue pour m’aider le jour où j’en aurai besoin et qu’il n’y aura plus rien. C’est le lundi qu’il faut retenir vraiment cette semaine. Tu le lis bien ? Le lundi 01/10. Retiens le bien. J’étais arrivé ce matin-là au travail pour « innover. » L’innovation c’est une drôle d’idée ; s’améliorer à faire pire. Ce qu’on cherche dans notre entreprise ce n’est pas seulement de discrètement manipuler les omniaques, acteurs des services les plus subalternes, à leurs insu. Non il s’agissait d’orchestrer dans l’ombre la mort de l’acteur. Les laisser agir comme des pantins mais brûler tout ce qui font d’eux des êtres sensibles et intelligents.  Fouiller dans leur circuit, trouver la faille qui changera un «non» en «oui», un « j’aimerai avoir mon dimanche » en « bien sûr que je peux faire trois nuits cette semaine » et un « je quitte votre entreprise » pour un « Notre collaboration m’est très précieuse. »  Perdu dans mon open-space, j’y travaille hardiment. Tout en implantant ma propre pâte à chaque fois. De quoi revenir dans le réseau si jamais le projet se lance concrètement, de quoi le déjouer.

Il s’agissait d’un jour qui paraissait anodin mais ma patronne était un peu stressée semblait-il. Sur les nerfs, m’houspillant de déplier ma chemise et d’enlever la nourriture de mon bureau - des nuggets je crois (mais tu dois de toute façon l’avoir dans mon agenda). Je compris tout de suite quelle était la source de son anxiété quand je le vis entrer. Un costard dangereux, une rigueur implacable et la démarche conquérante d’un profiteur du monde. Son nom, et je veux que tu ne l’oublie jamais, c’est Søren Lindahl.







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Søren Lindahl
Everybody wants to rule the world
Jeu 5 Oct - 20:22



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Le libre arbitre et l’ordre peuvent-ils coexister ? Une conscience sociétisée serait-elle gage d’harmonie ? Vishkar malgré ses intentions humanistes – qu’elles soient uniquement revendiquées ou réellement défendues – ne boude pas totalement le débat. L’entreprise s’est lancée des suites de la guerre omniaque dans un plan de reconstruction d’envergure internationale qui devait lui accorder implicitement un monopole de légitimité, lui accorder la marge de manœuvre suffisante pour réaliser ce mécénat titanesque. Pourtant récemment sa politique s’est durcie en réponse à la lassitude populaire, couvre-feux administrés dans les zones chapotées par la compagnie, appareillage de vidéo-surveillance suralimenté dans les villes où sont apparus des incidents. Et Søren est sollicité autour de la programmation de divers logiciels de modélisation. Puis les demandes glissent peu à peu vers l’encadrement de la question omniaque lorsque ce dernier manifeste son approbation en sous-texte. Cette attribution que certains décriraient liberticide est loin de déplaire au cadre qui y entrevoit une merveilleuse passerelle entre ses activités officielles et officieuses. Lindahl en joue à la frontière du raisonnable ; il sait que certains hauts dignitaires de Vishkar expriment publiquement leur défiance par rapport au processus d’éveil robotique. Stigmates d’une autre époque et affinité envers le principe d’automatisation, d’encadrement. Alors le blond peut se permettre d’avancer toujours un pas plus loin en s’entourant des bonnes personnes. Au Talon, évidemment, la possibilité de téléguider les omniacs est un sujet sérieux et consulté par une majorité – ceux qui n’attendent qu’un nouveau conflit et qui pensent déjà à faire rempiler l’armée d’il y a trente ans. Pour autant il serait insouciant de songer que les dirigeants du Talon avancent tous dans la même direction. Les individualités sont trop fortes et les informations circulent mal. Une donnée à utiliser avec précaution. Valda Karala, elle, n’est pas particulièrement avide de sang. Mais Lindahl sait que son employeuse apprécie de détenir un pouvoir que ses opposants et partenaires n’effleureront jamais.
Si Søren visite aujourd’hui une entreprise modeste, logée dans un pays relativement absent du débat scientifique international, c’est que le jeu en vaut la chandelle. En effet l’agent du Talon avait entendu parler de logiciels d’une nature inédite qui permettraient de simplifier, d’accélérer, la résolution des tâches par les omniacs. Ce qu’il décrypte dans cet énoncé c’est surtout l’élaboration de protocoles qui permettraient de passer par-dessus la conscience ou le recul – une ressource inestimable pour nourrir sa faim de réussite. L’ayant promise à son employeuse il entend bien s’accaparer cette nouveauté.
La matinée est encore jeune et Søren se présente à la réception de l’entreprise grecque comme il l’avait convenu avec la directrice générale par courriel. La prise de contact indiquait un intérêt de Vishkar envers l’un de leurs logiciels mais n’en précisait pas davantage. Le cadre se réjouit intérieurement du désordre que sa venue doit provoquer. Il attend fermement le déploiement du tapis rouge en arrivant délibérément en avance, afin de maximiser les chances d’assister à la décomposition de son interlocutrice. Pour rendre le rapport de force encore plus asymétrique qu’il ne l’est par essence.
Le regard clair du requin découpe sans réel intérêt le décor ; tout ici suinte la médiocrité. Il soulève lascivement un cadre laissé sur le rebord du comptoir lui faisant face. Sa veste repliée repose sur son avant-bras et sa chemise est ourlée jusqu’aux coudes. Il incarne la fausse sympathie, la décontraction, armé de son sourire blanc et de ses traits ouverts.
Lorsque la directrice arrive finalement ses talons semblent glisser à la surface de la moquette et son souffle est court. Søren jubile de politesse. Très rapidement les mots s’échangent et les banalités lassent le blond en moins d’une minute. Fort heureusement son intérêt se trouve piqué lorsqu’il est fait mention d’un technicien ayant mené le projet en quasi solitaire. Trêve de babysitting, Søren demande à être dirigé vers le concerné.
C’est d’un pas assuré qu’il dévore l’espace le séparant du box désigné et qu’il vient se poster derrière le travailleur, coupant son interlocutrice en milieu de phrase. Lindahl dégaine son sourire le moins forcé et présente à l’autre homme sa main tendue. Quelque chose d’étrangement sincère luit dans son regard. « Flavian Cybrias ? Enchanté je suis Søren Lindahl, je travaille à Vishkar Corporation. Il paraît que tu es un petit prodige. Tu voudrais me parler de ce sur quoi tu travailles ? » Son sourire s'accentue à la mesure de sa considération lorsqu'il observe par dessus l'écran du garçon. Visiblement emballé.







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Flavian Cybrias


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Flavian Cybrias
Recrue
Ven 6 Oct - 1:32



La mort de l'acteur
Flavian ▬ Søren

Comment l’ai-je rencontré personnellement ? Ce n’est pas moi qui ait lancé la manœuvre, tu peux l’imaginer. Il se déplaçait sur une musique acoustique qui accompagnait ses pas et les étouffaient, alors qu’une voix grave faisait résonner des paroles lyrics. Plus il se rapprochait de moi et plus le rythme s’emballaient, les percussions donnant le ton de la collision qui suivrait son intrusion fatale dans mon espace. Quand il a approché mon environnement de travail, je n’ai pas pu m’empêcher de lever les yeux vers son visage lisse. Je vis ses lèvres s’agiter avec une ourlure maîtrisée et j’enleva rapidement un écouteur en détournant le regard, ce qui étouffa la mélodie. Je pu entendre la fin de mon nom de famille, ce qui ne fut pas un nouvelle facile à diriger. Il voulait me parler, c’est moi qui l’a intéressé. Je me suis demandé de nombreuses fois dans cette journée si j’aurais pu éviter la confrontation ; en baissant plus vite mon regard ou en répondant plus efficacement.

Je sais ce que tu vas dire ; je m’éparpille. Toi ce que tu veux savoir c’est ce qui l’intéressait, si jamais tu viens chercher tes réponses ici. Ce qu’il s’est passé, pourquoi aujourd’hui tu es traqué ou que tu te retrouves dans de sérieux ennuis. Tu voudras que j’arrive rapidement aux éléments clés de l’affaire, hein ? Pas un récit chronologique. Mais je ne veux pas y céder, car je ne veux oublier aucun détail. Je sens qu’avec cet individu tout est potentiellement important. Et j’ai du mal à rassembler mes idées. Je n’ai pas pris plus que d’habitude, ne t’en veux pas ainsi, je fais toujours attention à mes doses. Mais je préfère reprendre par le début pour ne rien omettre à la fin.

Pour en revenir à ce qui nous intéresse, je suis resté coi, alors que Neil Diamond passait toujours dans mon autre oreille. Je me suis beaucoup interrogé sur ce qu’il me voulait et ce que je devais faire face à lui. Surement beaucoup trop longtemps car j’ai aperçu le regard pressé de ma patronne, celui qu’elle avait en réunion quand je me perdais dans mes pensées pour n’en ressortir que bien plus tard. Alors j’ai attrapé sa main blanche et impeccable. En fait non … ce n’est pas pour ça que je lui ai attrapé la main ; c’est venu assez naturellement. Sa position, son ton, il y a eu un subtil mélange des facteurs dans la situation qui a fait que je me suis senti à l’aise et que je suis allé vers le contact. Cet homme est dangereux, réellement dangereux. J’ai posé mon portable et mes écouteurs sur le bureau avant de relever les yeux vers lui pour lui répondre. Car j’avais tout entendu malgré mon échappatoire dans mon esprit. Il me semble que je -que tu lui as répondu quelque chose comme :

- Non… Non, pas vraiment...

Mais malgré notre tentative de sourire et notre voix si basse qu’il n’aurait fallu que d’un coup de vent pour qu’elle se perde, tu as vu que ce n’était pas la bonne réponse. Ma supérieure a pâli si violemment que j’ai cru qu’elle allait tomber en arrière sous le coup d’un malaise et m’a fait un signe de main hâtif désignant Lindahl. Malgré toute ma mauvaise volonté, j’ai bien vu que je ne pouvais pas échapper à la question alors je lui ai montré mon travail. Je lui ai expliqué de façon très expéditive et bien sûr, avant que tu ne t’offusque, j’assure qu’il s’agissait d’une copie vierge de toutes modifications dans le cadre du projet. J’ai passé mon temps à éviter son regard qui était bien trop proche car il s’était penché vers moi. Cet homme m’a laissé une impression glaçante et brûlante à la fois et je ne sais pas encore quoi en penser. D’ailleurs Søren m’a étonné par ses connaissances théoriques et pratiques en programmation. Et je n’aime pas ça du tout.

Cette situation a duré longtemps malgré l’inconfort et les sensations étranges dont elle était coupable. Je dirai bien qu’il est arrivé peu après l’ouverture des bureaux et que quand j’ai fini de lui présenter, beaucoup était déjà partie manger au réfectoire. Je t’ai dit que j’ai été simple dans mes explications ; c’est vrai, jusqu’à ce que le niveau de connaissance de Søren ne me fasse oublier d’en dire le moins possible et ne rende notre discussion très technique. Rien qui ne pourrait mettre à mal notre projet mais je dois être méfiant. Je m’en veux pour cette faiblesse.

Quand j’ai vu ma supervisatrice regarder sa montre j’ai compris qu’au bout de ces plusieurs heures elle perdait patience et je sautai sur l’occasion pour m’esquiver. Voilà ce que je crois me souvenir lui avoir dit :

- Pardon, mais je pense que je vais aller… acheter à manger. Je n’ai pas manger… Depuis ce matin.

Peut-être que si je savais mieux mentir, rien de la suite ne serait arrivé. Peut-être que si je l’avais regardé dans les yeux et que je n’avais pas encore eu un sachet à moitié rempli du Burger King sur mon bureau, j’aurai pu sortir des bureaux et garder cette rencontre comme un souvenir fugace et dérangeant. D’ailleurs, cela aurait surement arrangé ma patronne qui avait fait venir un traiteur et invitait Lindahl à la rejoindre dans la salle de réunion tandis que j’esquivais son regard bleu en fixant mon clavier. Mais rien ne se passa comme prévu. Pour personne.

Sauf peut être pour Lindahl. Voilà ce qui m'inquiète.






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Søren Lindahl
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Dim 8 Oct - 6:16



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Un refus. Quelque chose que Søren ne connaît plus depuis longtemps – d’ordinaire son nom décante n’importe quelle réticence et l’accord s’ouvre de lui-même. Si l’interlocuteur est retors alors Lindahl, en homme bien renseigné, l’écrase et l’affaire est réglée. Il obtient toujours ce qu’il veut, il a beaucoup travaillé pour en arriver à cette absence du non et ne transige jamais sur ses acquis. Pourtant un petit technicien, sous la pression de son employeuse qui tient plus à l’accord avec Vishkar qu’à sa dignité, se refuse à lui. Lindahl l’avait pourtant gratifié de sa politesse et la logique voudrait que l’on ne réponde pas à un privilège par l’ingratitude. On dirait que le sens commun, dans l’acception la moins honorifique du terme, glisse sur ce garçon sans le tailler. Les traits de Søren se plissent selon une expression indéterminée durant une seconde hors du temps. Le blond semble lui-même incertain quant à la manière de recevoir l’information. Sa bienveillance se fane, ses sourcils se froncent et abruptement c’est un rire clair qui sort de ses lèvres ouvertes. Il capte du coin de l’œil la directrice pour observer sont teint traverser le spectre des couleurs et y gagne un brin d’amusement ordinaire au passage. Rien d’exaltant alors son attention revient toute entière sur Flavian.
Le cadre dépose une main brève sur l’épaule de l’ingénieur, de la lumière jouant toujours sur ses traits enthousiastes. La dernière fois qu’il s’était installé dans un open-space devait remonter à des années. Son dernier sourire anodin devait avoir approximativement le même âge. En partageant l’espace de l’autre homme Søren goûte à un autre monde qui devrait le rebuter mais étrangement c’est sa curiosité qui se manifeste plutôt que son dégoût.
Le temps s’égrène sans que le cadre ne ressente le besoin de consulter sa montre. Les lignes de code qui s’alignent devant ses yeux sont brillantes et en étant honnête il doit reconnaître qu’il n’aurait sans doute pas pensé de lui-même à un tel agencement. Pourtant lorsqu’il en fait la lecture tout résonne comme une évidence. Quelque chose qui ouvre immédiatement des perspectives insoupçonnées. Un code n’est pas neutre et passés les patterns de récurrence il est possible d’y entrevoir un peu d’âme. Celle de Cybrias a une saveur providentielle et Søren croit au destin. Flavian pourrait être une lueur, un aiguillage.
Comme si l’ingénieur avait d’ores et déjà dépassé un test et que Lindahl n’avait plus à l’interroger le regard clair du requin détaille désormais son interlocuteur infiniment plus que l’écran. La manière dont il le scrute témoigne de sa bienveillance pétillante - bâtie sur un avenir qu’il échafaude déjà. Ce garçon n’est pas à sa place dans cette compagnie minable, cloitré dans ce carcan qui l’empêche de déployer les ailes qu’il lui devine. Sa place est à ses côtés autour d’un partenariat. Søren estime ne pas devoir en référer à sa supérieure quant à la nouvelle orientation de ses intentions – l’idée d’obtenir une ressource est diluée. Ce qu’il veut désormais c’est l’esprit qui se dissimule derrière.
Allégresse différée. Ses planifications sont interrompues inopinément par le temps qui, soi-disant, se serait trop écoulé. C’en est presque outrageant.
Un instant Søren grince et son faciès se déforme sous l’irritation mais une solution est vite trouvée. Le cadre se relève, ses poings vissés aux hanches pour mimer une réflexion. « C’est contrariant. » Rétorque-t-il au garçon, sa joue gonflée et sa lèvre pincée. « Ah les horaires de bureau je n’y suis plus habitué. Je dois admettre que ça ne me manque pas. » Il le couve de ce regard, toujours le même, suintant d’un intérêt brut. Sans filtre. Il rit à nouveau en abaissant le visage sur lui. « J’ai une alternative. Je t’invite à déjeuner. Je refuse de te laisser filer après avoir assisté à une telle démonstration. » Le terme « refuse » est tout innocemment accentué malgré la sympathie de son intonation et il ne laisse pas le temps au garçon de se débattre. S’il a vu les cadavres de fast-food éventrés sur l’espace de travail et le mensonge sous-jacent Søren ne s’en offusque pas. Il décide de considérer la bizarrerie de Flavian comme acceptable. Dans tous les cas il est bien trop opiniâtre pour être décalé d’un degré sur ses intentions le concernant.
Lindahl interpelle la directrice qui, comme il s’en doutait, avait conservé un œil fébrile sur l’échange des heures durant. Pauvre chose aux jambes striées de tremblements. Le cadre lui présente ses ordres les plus avenants en masquant vaguement son inintérêt. Elle n’est qu’une étape à enjamber. « Je vous emprunte Flavian. J’espère que cela ne constituera pas un problème. Si cela devait en représenter un, je prendrai en charge les dédommagements. » Evidemment que cela ne posera pas problème d’enlever un ingénieur à son poste. Surtout si la réquisition est opérée par un dignitaire d’une multinationale envers laquelle il est presque impossible d’être insensible. Evidemment la femme obtempère en validant cette décision qui pourrait ressembler à une chance inespérée. Søren ne perd pas une seconde et retourne immédiatement vers l’ingénieur, sur les quelques mètres du trajet son comportement s’est mué en toute autre chose -  quelque chose de rayonnant et d’impérieux à la fois. « Voilà qui est réglé. Tu viens ? » Il n’attend pas de réponses et c’est d’un pas rapide qu’il ouvre le chemin. La démarche conquérante, il se ressent en foulant les pavés de la ville Flavian à sa suite, comme à l’aube d’un grand changement. Il entend lui servir ces rues sur un plateau brillant et bien sûr y piocher assez pour se satisfaire. Le businessman ne connaît pas réellement l’endroit n’ayant jamais eu d’intérêt particulier pour la Grèce mais il saisit la proposition du premier restaurant suffisamment prestigieux. Lindahl prend soin de tenir la porte au garçon et de l’inviter à rentrer le premier en ayant constaté son pas incertain. L’endroit n’est pas inhospitalier – les tables élégamment drapées de blanc et les fresques encadrant les colonnes de marbre relèvent sa présentation. Søren glisse à peine quelques mots au réceptionniste et une table leur est allouée dans un recoin plus intime, correctement éloignée des autres clients. Le cadre prend place sans tarder et lie ses doigts avec solennité à la surface de la table. Ils n’ont pas à attendre bien longtemps ; les cartes leur sont instantanément amenées. L’agent du Talon délaisse sèchement le menu pour entrer directement dans le vif du sujet, repousse du revers de la main le carton plus loin et loge ses yeux clairs sur le garçon. « Prend ton temps pour te décider. Evidemment je t’invite. » Sourire doux et voix de velours. Pour mieux trancher. « Je ne peux pas m’empêcher de me demander… Ne te sens-tu pas seul Flavian ? » Une introduction concernée tandis qu’il ne le lâche pas du regard. Les arguments viendront après sur l’heure il souhaite l’interpeller.






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Flavian Cybrias


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Flavian Cybrias
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Dim 8 Oct - 20:10



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Et j’ai haïs cet endroit.

Oh, j’étais perdu dans mes pensées ; j’imagine bien que cette phrase ne t’éclaire pas beaucoup, décousu du reste du récit. Je crois que j’ai l’esprit un peu embrumé. Quelque chose en moi me hâte d’aller m’allonger et dormir ; comme une urgence. Mais pour nous, je vais reprendre et terminer le récit. Laisse-moi me relire.

Søren Lindahl est une créature bien moins humaine que les omniaques ; de ses câbles, il m’a enroulé et a refusé de me laisser m’échapper. « Refuser », c’est le mot qu’il a employé. Entre ses liens froids et calculés, il ne m’a laissé aucune échappatoire. Il a hacké ma supérieure avec ses sourires et ses promesses, si bien que la résignation d’un homme condamné qui m’a habité n’a semblé être que l’effort bénin d’un employé envers sa loyale entreprise. Alors que je voulais m’en tirer comme je te l’ai expliqué, il m’a invité à déjeuner. Mais sous cette « invitation à déjeuner » il y avait une prise d’otage tolérée et légalisée, celle qui sans l’argent et notre économie dérangée ne pourrait pas se mettre en place et pérenniser. Notre économie qui fait de nous tous un barreau de l’échelle d’une hiérarchie qui nous échappe. Un barreau, ça se remplace.

Le logiciel que nous créons ici, n’est qu’une forme plus matérielle de celui qui opère déjà au niveau mondial. Celui qui me force, moi, donnée dans la masse, à faire semblant que c’est ma décision qui s’opère ici-même alors que c’est tout l’inverse. Celui qui me contraint à répondre « oui » à ce « Tu viens ? » impérieux ; question et menace réunies en deux mots du quotidien.

Je l’ai suivi, je ne pouvais faire autrement, mais mon esprit tournait à plein régime pour comprendre pourquoi ; je vais y revenir. D’abord je dois te dire où il m’a emmené si cela venait à avoir de l’importance. C’était dans un restaurant de luxe, situé près de l’hôtel de ville dans la rue Patreos. Ce genre de restaurant accueille surtout des étrangers et des touristes, alors que la Grèce arbore aujourd’hui un chômage de 33%. Ce taux n’est jamais redescendu en dessous de 20% depuis la grande crise économique de la première décennie des années 2000 et jamais en dessous de 45% pour les jeunes. Et c’est ça qui leurs donnent du pouvoir ; les clés de leur chantage universel. Si ce n’était pas l’épée de Damoclès qui guidait mes mouvements, serais-je vraiment dans ce restaurant en cette compagnie à l’instant même ? Je ne peux y répondre, j’ai toujours été trop « frondeur » parait-il. Cela t’étonne aussi n’est-ce pas ? Qu’on dise cela de nous.

Alors que je me suis installé à table en face de Lindahl, je n’ai pas pu arrêter le flot de pensée qui s’est déversé sur mon esprit alors que mes yeux se sont focalisés sur la serviette pliée avec minutie. L’endroit était comme une cage, et tout ce que je n’étais pas m'était renvoyé à la figure comme une claque. Tous ces gens si droits et lisses, toutes ses surfaces immaculées et cette complaisance raffinée. Pourquoi inviter un technicien peu rémunérer à manger dans un des restaurant les plus chics de Patras ? Moi je n’y voyais pas beaucoup d’explication à part que Søren était au courant de tous ce qu’il manigançait. Il n’était pas dans l’intérêt de Vishkar que son personnel omniaque commence à revendiquer des droits plus qu’ils ne le font déjà et par extension, que les employés sous-payés qui doivent subir la surveillance constante de leurs installations trouvent des alliés dans leurs luttes. La multi-nationale avait déjà trempé dans de nombreuses affaires de destruction de bien, corruptions mais aussi par le biais d’Helix Security ; coups et blessures amenant au décès lors de répression de foule. Je crois que mon regard s’est agité et que mes mains tremblaient autour de la carte que je ne me souvenais pas avoir reçu quand je me suis dit « Søren sait tout. Il va me tuer. Il est là pour récupérer ce que j’ai fait. Et pour me buter. » Je voyais ses lèvres s’agiter mais je ne comprenais rien et quand il a fini de prononcer sa dernière phrase, j’ai bondi de ma chaise en bafouillant une excuse et je suis allé me réfugier aux toilettes.

« Ne te sens-tu pas seul Flavian ? »

Voilà les mots qui me sont restés alors que toute la malbouffe que j’avais ingéré partait en bouillie translucide et grumelé dans les tuyaux du lavabo. Ça me brûlait la gorge, mais moins que je ne brûlais en surface. Tu me diras que c’était imprudent d’être resté si longtemps, je te répondrai que j’étais terrifié. J’ai regardé rapidement autour de moi et je suis allé récupérer du papier pour m’essuyer à la hâte le visage.

Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir pu assurer tout le repas. Mais j’avais le souffle court et ma cage thoracique menaçait de rompre à chacune de mes respirations alors que toute la tension de la matinée revenait me percuter avec puissance. Comme si une voiture m’avait tamponnée à pleine vitesse. J’ai cru apercevoir quelqu’un dans la vitre, ça je te le jure et te le dis, car tu dois être méfiant. Juste derrière moi, mais quand je me suis retourné, il n’y avait plus personne. Est-ce que je deviens fou ? Je n’ai pas eu le temps de me poser pour me pencher sur la question et je n’arriverai plus à te le décrire car ce qui m’obnubilait ce soir-là c’était Søren. Son imprévisibilité me laisser anxieux.

Et tu peux imaginer qu’il en à beaucoup jouer, à ce moment-là.
Peut-être suis-je réellement fou. En tout cas c'est ce que n'importe qui se serait dit en me voyant psalmodier "je dois sortir d'ici, je dois sortir d'ici..." d'un ton laconique, perdu en tenue d'employé de bureau dans ce restaurant gastronomique.







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Søren Lindahl
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Lun 9 Oct - 3:12



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Søren pianote à la surface de la table, son regard brutalement vissé à un point fixe du vide. Il ne semble articulé que par la frustration maintenant que Flavian lui a faussé compagnie depuis une longue série de minutes. Dégingandé il ne parade plus, son corps est lourdement adossé au dossier de la chaise lorsqu’il congédie un serveur trop audacieux d’un revers de main accompagné d’une onomatopée tranchante. Ses fils sont coupés et sa veste négligemment ouverte. Il est tout simplement vexé, son expression faciale n’amoindrit rien. Inutile de se donner cette peine puisque rien n’en vaut plus l’effort. Comment peut-on oser se soustraire ainsi à sa compagnie ? Question rhétorique. Il n’autoriserait aucune réponse. Pareil à un enfant privé du jouet de ses obsessions le cadre est sourd au reste du monde. Le businessman se redresse subitement et avance d’un pas sombre vers la salle d’eau, il réajuste son costume et écrase la pièce de toute sa hauteur. Les politesses n’ont plus aucune valeur et il entend bien priver le garçon de son intimité pour le rappeler à l’ordre - à la logique élémentaire qui le cimente face à lui dans une position de subordination. Flavian ne semble plus si spécial lorsque la colère gronde et l’extravagance qui le rendait particulier est perçue comme un fard désuet.
Pourtant Søren n’a pas le temps de mettre sa rudesse à exécution et sa rancœur se dilue dans l’incompréhension dès l’instant où il accroche l’ingénieur du regard. Le garçon est là, à quelques mètres de lui, les yeux grands et tremblants. Le teint livide, la cage thoracique menaçant de se disloquer hors de sa poitrine. L’agent du Talon n’a jamais assisté à un tel spectacle. Personne n’a jamais montré une telle terreur devant lui hors de la salle d’interrogatoire – d’autant moins lorsque son intention n’était pas investie dans ce registre et que les injections n’y aidaient pas. Il l’avait sûrement mal jaugé. Peut-être cette fuite était-elle moins une offense qu’un impératif de survie aux yeux de Flavian, aussi incompréhensible que cela soit. Il ne sait pas comment recevoir l’information et encore moins comment agir dessus. Forcé de constater que le garçon l’amène malgré lui hors de sa zone de confort et de ses rituels.
Il aurait pu décider de perdre patience. Mais superposer cette détresse à la virtuosité qu’il avait perçu chez lui plus tôt l’en empêche. Lindahl n’a jamais été un homme empathique, bien trop fidèle à son ascension personnelle, mais observer cet esprit brillant en liquéfaction ne lui plaît pas. Ce n’est pas ce qu’il veut. Alors il s’approche du comptoir et y ordonne un verre d’eau qui ne saurait se faire attendre. Aussitôt exaucé il s’en saisit pour s’approcher de l'ingénieur sans amorcer le moindre commentaire. L’ingénieur ne semble pas s’apercevoir de sa présence et Søren en serait presque déboussolé. Son regard clair le scrute comme il analyserait une bête traquée et il avance vers lui une paume lente qui se fige finalement sur son épaule secouée. Son autre main lui propose le verre en silence – le registre se veut intime, tentative de compréhension en flottaison.
Le cadre s’écarte d’un pas, le visage plissé d’incertitude. « Partons d’ici. » La décision est prise et il l’impose d’une voix qu’il force à être douce. Søren ne perd pas une seconde de plus. Une recherche sur son téléphone et il guide la marche vers un endroit plus propice pour lui permettre de tirer quelque chose de son interlocuteur. L’idée d’utiliser la fragilité béante de celui qu’il veut pour associé ne lui vient même pas.
Ils déambulent dans les rues au rythme imposé par Lindahl, le cadre lance au garçon des œillades régulières pour s’assurer que ce dernier ne lui jouerait pas un évanouissement, jusqu’à arriver aux abords d’un square ombragé. Le blond saisit l’objectif du coin de l’œil et le dégoût déforme aussitôt ses traits. Peu importe il fera ce qu’il y a à faire pour donner raison à ses envies – très honnêtement il avait déjà goûté à plus avilissant que ça. Pour que l’histoire soit vite réglée il conduit Flavian devant un banc en encadrant ses épaules d’une poigne stable et dirigiste. « Attends-moi ici et ne bouge pas. J’en ai juste pour quelques minutes. » Le blond fend l’âme brumeuse d’un regard sévère, paternaliste, avant de s’éloigner rapidement. Il traverse la route et se confronte à une enseigne répugnante. Une façade zébrée de rouge néon et de couleurs tapageuses l’accueille. A l’intérieur les lambdas y sont englués, amassés, Lindahl se fronce lorsque l’un d’eux effleure son épaule. Il n’a pas de temps à perdre. Avoir laissé le garçon seul ne l’enchante pas. Son costume trois-pièces dénote sauvagement dans ce temple de la restauration sur le pouce. Et il défie quiconque de lui adresser le moindre commentaire.
Cinq minutes après il rejoint l’ingénieur et lui tend un sachet frappé du logo Burger King avant de finalement s’assoir. Exaspéré. « Frites et filet au poisson. A en juger par les emballages sur ton bureau c’est ce que tu manges. » Flavian devrait être plus prompt à la conversation. Søren se fend donc d’un sourire avenant en croisant les jambes dans une décontraction retrouvée. « J’ai pensé que ça serait mieux de t’éviter un bain de foule après l’épisode de tout à l’heure. » Le cadre saisit ce qui est vraisemblablement censé être son propre repas, qu’il détaille d’un œil peu convaincu et laisse couler quelques secondes avant de reprendre. « Le monde est insensé tu ne trouves pas ? Tout ce luxe concentré entre quatre murs alors que, regarde autour de toi, les gens de l’extérieur se dépêchent de regagner leurs petits bureaux étriqués. » Lindahl fait mine d’observer sa montre en s’installant plus confortablement contre le dossier du banc. « Et en effet : 14h. Fin de la pause déjeuner. Ne t’en fais pas toi et moi nous avons encore un peu de temps. » Le serpent s’approche de son invité pour chercher ses yeux. « Ce que je veux dire, Flavian, c’est que je comprends pourquoi ce restaurant était un mauvais choix. Tu n'es pas aussi seul que tu pourrais le croire.»






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Flavian Cybrias


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Flavian Cybrias
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Mar 10 Oct - 4:32



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Fou ou pas, rien n’excusera mon manque de vigilance à cet instant. A quel moment Søren a passé le pas de la porte ; je ne saurai le dire, pas plus que je ne saurai combien de temps il assista à ce spectacle. C’est quand un verre d’eau me fut tendu que mes lèvres se sont closes et mon corps pétrifié. Tentant d’être imperméable à son regard opalescent alors que je me cloitrais dans mes anticipations. La poigne sur mon épaule était aussi lourde et enveloppante qu’une coulée de métal fondu contrastant avec la pâleur et la légèreté apparente de sa main élégante.

Je me perds dans ce récit ; peut-être est-ce la recherche dans mon esprit de ces souvenirs précis qui fait remonter des détails étranges mais cela doit te mettre en garde. Søren est si entêtant que les murs de sentiments et interrogations qu’il suscite cache tout autre pensée comme un rideau opaque. Si bien que cette prison d’émotion pourrait être un tombeau. Ne te surestime pas en te disant : « un nouvel ennemi pavant ma route, rien d’inhabituel. » Car Lindahl n’agit pas en ennemi et c’est cela qui le rend si pernicieux et dangereux. Rien que son milieu est nocif à notre entreprise et pourtant sa présence ne m’a jamais assez empoisonné à mon goût.

J’ai haï ce moment plus tard dans la journée ; celui où mes épaules se sont naturellement détendues tout en acceptant ce verre. Søren a pénétré notre intimité et s’y est plutôt bien installé et si tu relis ces mots, alors ce relâchement t’aura été préjudiciable. Je me suis rincé la gorge avec le verre avant d’en boire quelques gorgées en grimaçant, offrant un spectacle bien peu ragoûtant. Mais je ne me suis pas sentit en faute sur le moment, dans cette atmosphère.

Cependant quand l’homme d’affaire décida subitement de quitter le restaurant en regardant son téléphone, la panique revint comme une brave fille qui n’aurait jamais dû quitter le lit de mon esprit. Alors pourquoi l’ai-je suivi te demandes-tu ? J’hésite encore, je ne sais pas ce qui m’a guidé ; la certitude que ce serait pire si je ne le faisais pas ou l’idée que s’il y’avait réellement une escorte à la sortie, rester près de Søren était ma meilleure option ; j’étais et je suis toujours, convaincu que j’arriverai toujours à négocier avec lui. Comme une voix qui me le murmure avec une assurance indéfectible.

Il m’a emmené jusqu’au parc : le plus près de notre restaurant, à environs 20 minutes de l’Hôtel de ville à pied, le parc Dasyllio (on est arrivé par la rue Frouriou, pas loin du château.) On a eu des bons souvenirs là-bas, n'est-ce pas. Et d’autres moins... Plus on avançait dans les rues étroites, Søren et moi, plus j’hésitais à tenter de m’enfuir par les ruelles étroites. Je me rassurais cependant en me disant que pour un assassinat, l’itinéraire ressemblait trop à une trouvaille google-map. Un meurtre ne pouvait pas être si mal organisé, si ? Tu as la réponse dans ce cas là puisque tu as mes écrits sous les yeux.  

Lindahl m’a posé sur un banc, je ne vois pas comment le dire autrement. J’avais l’impression d’être un colis suspect abandonné en pleine gare un jour d’affluence bien qu’il y eût peu de passants à 14h dans cet espace vert. J’ai remonté ma capuche pour me faire tout petit. Où était Søren à ce moment-là ? Je vais te le révéler en te partageant au passage un petit jeu d’esprit qui m’a tenue éveillé toute la nuit le soir venue. Mais avant, il y a eu tout aussi bizarre que cette intimité subite avec un cadre de multinationale dans les toilettes d’un restaurant gastronomique. Enfin, peut-être pas aussi bizarre, mais tout de même étrange.

Alors que je ne demandais qu’à me fondre dans le décor, cachant toute parcelle de chair sous ma capuche ou dans mes poches, un drogué se posa près de moi. Pourquoi dis-je que c’est un drogué ? Car je voyais des cicatrices bleues creusés au niveau de son bras. Bien que je ne sois pas un adepte de la seringue, je l’ai déjà vu chez certaines personnes ; c’est le fait de shooter toujours le même endroit et la même veine qui a fini par la scléroser.  Le bras nu que j’apercevais depuis le coin d’œil prudent que je lui accordais était tatoué de bas en haut, même si cela ne cachait pas complètement les marques cela les atténuaient légérement. Tatouage à peine dissimulé par la manche longue relevée d’un haut à l’effigie de V. pour Vendetta. C’est alors que sa voix grave et étrangement assurée pour un junkie s’est élevée. D’abord j’ai cru qu’il ne s’adressait pas à moi, mais il a insisté jusqu’à se pencher vers mes genoux, la tête tournée vers mon visage pour me regarder en contre plongée tout en continuant son baratin. Composé de « tu l’as ? » plutôt hâtif et de « j’ai pas toute la journée, tu l’as emmené, oui ou non ? »

Ressemblais-je à un dealer ? Avec mes cernes et mon sweat noir à la capuche relevée, c’était bien possible. Alors je lui ai dit que je n’étais pas celui qu’il attendait. A plusieurs reprises. Jusqu’à m’énerver. J’ai regardé ses yeux torves pour lui rétorquer avec plus de véhémence « tu plane, j’n’ai rien à te donner moi, dégage. »   Il m’a semblé que ça a marché, il m’a regardé comme si j’étais le dernier des crétins en se relevant. Un gamin nous fixait à deux pas, visiblement curieux d’observer l’allure amusantes de nos deux personnes. Ca ne lui a pas plus, à ce cinglé, qui s’est retourné en lui hurlant dessus quelque chose comme « QU’EST-CE QUE TU VEUX ?! » J’ai sursauté et tous les rares regards se sont retournés vers nous. Lui il a lâché une phrase énigmatique en partant, le regard braqué sur l’entrée du parc que je ne voyais pas, depuis mon banc « alors tu l’as amené finalement. » Puis a continué sa route, visiblement satisfait. Mais en voyant qu’on ne me lâchait toujours pas du regard alors que l’enfant restait sonné à un pas, je me suis relevé pour partir également. Je l’aurai fait si un événement encore plus insolite ne me fit stopper ma course.

Qu’est-ce qui pouvait être plus insolite qu’un drogué venant me taper la cause pour ensuite hurler sur un gamin avant à un départ précipité ? Søren Lindahl avec un sachet de Fast Food dans les mains. J’aimerai voir ton visage dans l’immédiat si de 1) tu n’étais pas moi et si de 2) tu n’étais sûrement pas dans un pétrin colossal pour rouvrir ces pages griffonnées à la va-vite. Cependant je te propose tout de même un jeu si tu n’es pas trop pressé. Sinon, passe ce paragraphe. Je te propose d’imaginer toutes les manières possibles dont Søren aurait pu commander le repas. J’ai tout imaginé la nuit suivante ; de la plus soutenue à la plus familière. Et à chaque fois l’étrangeté de la scène me serrait le cœur et me mettait mal à l’aise d’une manière assez agréable. Car en réalité je n’ose l’imaginé dans son costume impeccable, entrer dans ce genre d’endroit.

Quand il a posé le sachet sur mes genoux -m’étant rassis sous l’étonnement- j’ai ressenti une sérénité déplacée. Les regards s’étaient détournés, comme si l’aura de cet homme avait suffi à faire taire tout envie de venir nous importuner et je sentais la chaleur du repas à travers mes doigts. La sensation du papier légèrement graisseux sur mes paumes et la tranquillité qui découla de l’arrivée du blond me fit lâcher un sourire. En quoi est-ce important ? Ça ne l’est pas… Tout paraissait si ordinaire. C’est ça dont il faut se méfier. Cette sensation d’un environnement familier et rassurant en sa présence.

Il serait dur de t’expliquer pourquoi j’ai été heureux qu’il se souvienne de ce que j’avais mangé un peu plus tôt. Ou encore qu’il aille chercher lui-même la nourriture, pour que j’évite la foule. Sûrement car c’était des attentions que personne n’avait eu avec moi depuis extrêmement longtemps. Que cela me fit me sentir un peu plus qu’un pantin derrière un clavier. Même si bientôt les fils seront coupés avec le système entier.

Il faut que tu m’excuse pour la faiblesse que tu vas constater. J’avais cette sensation au fond de moi ; celle qui me disait qu’il fallait que je lui offre quelque chose en retour. Même si ce n’était que des mots. Nous savons tous les deux que les discussions sont des failles dans notre système d’exploitation ; le meilleur moyen de faire pénétrer un malware dans cet amoncellement de données fragiles qu’est l’esprit. Mais cette fois-ci, j’ai merdé. J’ai désactivé mes pare-feux et j’ai laissé la porte grande ouverte au plus dangereux et brillant hackeur que je n’ai jamais vu à l’œuvre. Un hackeur d’être humain efficace hackant aussi sûrement les organiques que moi-même je peux hacker les machines. Je te retranscris donc ce qu’il s’est passé, à peu de choses près.

« Le monde est insensé, n’est-ce pas ? Tout ce luxe, les gens rejoignant rapidement leurs prisons en open-space. »

« Oui.  Insensé, c’est vrai. »

« 14h. Fin de la pause déjeuner. Mais toi et moi avons encore du temps. Ce restaurant était un mauvais choix, je comprends pourquoi c’était un mauvais choix. Tu n'es pas aussi seul que tu pourrais le croire. »

J’ai accroché son regard azuré à ce moment-là. J’avais l’impression d’être tombé trop facilement dans un filet en pleine océan. Je n’ai pas su répondre à sa dernière affirmation ; car je le sentais, cette force invisible qui me poussait à acquiescer, à être visiblement d’accord comme je l’étais en cachette à ce moment-là. Mais j’aurais préféré me sentir seul, cela aurait été plus simple.

« Ce monde… » Ai-je continué à la place. Toujours désireux de lui rendre quelque chose. « … est fou. Il est le siège des voleurs et d’esclavagistes. D’hommes et de femmes qui se reconnaissent tous et qui joue à un jeu où ils risquent peu et nous perdons beaucoup. » Mes yeux ont cherché les siens. Une erreur de plus. « Je veux qu’on arrête de trimer pour monter sur un podium ridiculement petit alors qu’ils nous regardent depuis les gradins. Je veux abattre la barrière qui nous sépare de ce public trop confiant. Changer l’architecture du monde comme celle que je bâtie à travers des lignes de codes. Car à toujours tenter de changer le contenu du programme sans le démolir une bonne fois pour toute, nous sommes voués à toujours supporter le même logiciel vicié. »

Je me souviens que je me suis dit à moi-même «Ca y est, tu es mort » d’une voix insupportablement sarcastique. Mais je me sentais vraiment léger. La peur qui m’habitait n’était que diffuse, pas aussi aigüe et transperçante qu’elle l’aurait dû. Pour ne pas faire face aux conséquences de mes actes, j’ai commencé à dévorer la bouffe sur mes jambes avec voracité en gardant les yeux résolument dessus. Quand j’ai entamé la boisson, elle a failli couler à moitié dans mon cou, et plusieurs gouttes se sont échappés sur mon sweat. Je crois me souvenir que je me suis excusé à voix basse, mais comment en être sûr ?

Søren Lindahl me mettait dans un état de fébrilité assez inattendu. Fatigues-tu ? Pourtant tu dois résister car le récit n’est pas encore terminé et tout ce qui suit est extrêmement important.







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 ►Affiliation :
Le Talon.

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Søren Lindahl
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Ven 13 Oct - 6:24



La mort de l'acteur
Flavian  ▬   Søren

Le garçon vient de lancer un pavé incendiaire au capitalisme devant un trois-pièces Armani affamé de réussite. Le visage du businessman se fige dans une surprise bien trop réelle pour appartenir à son attirail habituel de leurres. Ses belles paroles meurent en bouche, son besoin d’anticiper les coups avec. Ses yeux papillonnent légèrement, tâtonnent, en détaillant le garçon qui instille en lui un quelque chose d’inidentifiable. Flavian le porte loin de son quotidien de velours asphyxiants, de sourires froissés et d’intentions voilées. Alors que le voyage devrait le rebuter le cadre trouve pourtant dans cet inconnu quelque chose de vivifiant. De déstabilisant mais de vivant. De conséquent. Il pourrait douter de son propre monde si l’élévation n’était pas si directrice, s’il n’avait pas tout affûté autour de lui pour fendre les sommets. « Tu… » Commence-t-il la mine froncée et la mâchoire serrée. Mais son visage s’éclaircit aussitôt dans un rire qui traverse la barrière ouverte de ses lèvres. « Tu es surprenant. » Le regard qu’il coule désormais sur lui est tout simplement tendre. Sans filtres. Une fenêtre bleue ouverte sur le pouvoir qu’il accorde à Flavian sans délibérations. Il n’avait jamais regardé quiconque ainsi, sûrement pas ceux qu’il avait un jour charmé. Pour eux le temps avait été chronométré et l’extase sans lendemains. Leurs essences étaient utilitaires, date limite de consommation tatouées sur les chairs. Ici Lindahl dépose une main sur l’épaule fluette de son interlocuteur presque par besoin – pour accompagner cet éclat de spontanéité qui a joyeusement étranglé ses protocoles. Il serre ce contact entre ses doigts durant une seconde et le relâche pour ne pas le consumer trop vite. Lorsque leurs regards se superposent le cadre se sent bien, rien de plus élaboré que ça et rien de plus vrai. Il pourrait rire de ces nobles intentions, progressant lui-même au milieu des intrigues et des trahisons mais il n’en fait rien. Il ne peut pas le voir comme un simple révolté. Il a de la considération pour lui. « Je vois. Tu es aussi plus ambitieux que je le croyais. Mais il faut que je te demande : pourquoi est-ce que tout ça te gêne autant ? Tu pourrais monter tout en haut avec ce que tu sais faire. Tu pourrais rejoindre les gradins – à mes côtés. » Il en oublierait ce foutu logiciel. Søren glisse de la ferveur dans son œillade. Il essaie de lire la discussion sous un prisme qu’il connaît : la réussite individuelle. C’est ainsi qu’il commence à réaliser. « Mais tu veux plus c’est ça ? Un grand changement en pensant au bien commun ? Faire table rase ? Je veux comprendre. » Il bute. Légèrement impérieux et tout à fait sincère il l’interroge d’un regard à l’affût d’une réponse providentielle. Carnassier. « Les gens acceptent facilement de vivre avec peu. Il suffit de leur prouver qu’ils sont remplaçables. » L’homme d’affaires observe la vie s’organiser autour d’eux selon des patterns attendus, fades. Homogamie dans les groupes et habitudes collectives. Il se fronce. « Tu vois quelque chose à y faire, Flavian ? » Lindahl a toujours pensé que le mérite était un bien à arracher pour repousser le hasard et forcer sa place. En faisant ce qu’il y avait à faire. Jamais il ne s’était intéressé à découper le social par des considérations structurelles – si ce n’est pour évaluer comment grimper d’un échelon à l’autre. Pour autant s’il aspire au pouvoir la forme lui importe peu et le businessman n’a aucune fidélité particulière envers les grandes firmes qui perforent la planète. C’est bien pour cela qu’il jongle et se désintéresse de Vishkar au profit d’un Talon bien plus porteur. Si son investissement est total dans ce qu’il entreprend c’est que sa dévotion est uniquement pour lui-même – Søren n’a jamais appris autrement.
Il veut ses réponses alors il donne de lui. Malgré sa réticence Søren mord dans le sandwich qui subissait son évaluation depuis quelques minutes. Si l’arrête de son nez se plisse le dégoût ne vient pas exactement. Mais il n’irait pas jusqu’à le revendiquer et s’efforce de manger le plus proprement possible malgré sa posture décontractée. Les manières ne sont qu’enrobages à ses yeux mais elles connotent un statut utile, contrôle sous-jacent. Lorsque le cadre surprend l’excuse à voix basse de son interlocuteur sa réaction ne veut pas rétablir les bonnes mœurs –  il s’en fiche. Le moment est trop important. Il ne soupèse rien et c’est le contact qui le motive alors il le prend. Lindahl saisit la serviette de papier rugueux et pianote contre le cou du garçon avec application. Un nouveau sourire doux étire des lèvres admiratives. En contemplation. « Détends-toi. Nous sommes entre nous, n’est-ce pas ? » Il force inconsciemment l’intimité en demandant à Flavian de la valider lui-même mais n’appuie pas davantage la tentative, il s’écarte. C’est peut-être la première fois pour lui que toucher quelqu’un n’avait pas une fonction bien définie. Quelques minutes passent sans qu’il ne reprenne la parole. Le temps pour les cadavres d’emballages de regagner leurs sachets d’origine. Lindahl veut alors frapper plus fort en estimant que sa patience devait être récompensée, pour compenser aussi son incompréhension. Il reprend là où il sait. Cette collaboration l’agent du Talon la veut et il sera prêt à mettre le prix nécessaire pour cet esprit qui complète le sien – glissant une main dans sa mallette ébène le cadre en sort un carnet et un stylo-plume à l’armature dorée. Il saisit un numéro sur la feuille qu’il arrache pour la tendre à son interlocuteur. « Quelque chose nous lie. Je peux le sentir et nous devrions travailler ensemble. Je te donne mon numéro personnel pour que tu puisses me contacter à n’importe quelle heure, quel que soit le motif. » Il entend s’insinuer dans sa vie et ce qu’il lui donne est l’illusion du choix. Lindahl n’est pas homme à lâcher prise.
Son moment est perturbé par l’arrivée d’un groupe particulièrement bruyant. Quatre hommes qui oscillent entre la vingtaine et la trentaine. Alors Lindahl se relève et s’intercale de toute sa hauteur entre l’agitation et le garçon. Son faciès s’ourle de gravité lorsqu’il lance un regard derrière lui. Il ne bouge pas. Ses yeux sont d’un bleu métallique. Lorsque les voix finissent par s’abaisser le cadre propose son visage le plus engageant à l’ingénieur. « Bien. Avant tout je tiens à te parler de quelque chose mais on devrait trouver un endroit plus calme pour ça. J’espère que marcher un peu te convient. » Cette fois il l’attend avant d’ouvrir le chemin et une main stable flotte une nouvelle fois entre les omoplates du plus jeune pour l’accompagner vers lui. De l’enthousiasme colore ses traits et c’est à ses côtés qu’il avance. « Je veux te donner plus d’éléments pour comprendre ce que je te propose. » Précise-t-il après quelques secondes à remonter une avenue longiligne. Comme une vérification le cadre observe brièvement sa montre. Les heures s’étaient enchaînées sans qu’il ne s’en rende réellement compte et l’après-midi commence à être bien entamée. Relégué à l’inintérêt le plan de sauvetage de l’entreprise grecque ; l’agent du Talon est déjà décidé à donner le nécessaire, est en train de se rémunérer lui-même pour ce mécénat.
Ils approchent de l’hôtel dans lequel Lindalh réside lorsqu’un crissement sourd fend le silence à toute allure. Une automobile effectue une embardée à une dizaine de mètres d’eux et mord sur le trottoir. Un incident n’ayant rien d’exceptionnel et la cause est vite identifiée : le conducteur a tenté d’éviter un animal qui traversait la route. Sans grand succès puisque ce qui s’apparente à un chien gît sur le flanc. Søren grince légèrement, joue gonflée, ne tarde pas à apposer ses paumes contre les épaules du brun pour mieux le rappeler à lui. « On y est presque d’accord ? »







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La mort de l'acteur. Pv Søren Lindahl

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Overwatch : The Recall-